« L’ignorance mène à la peur, la peur mène à la haine, la haine mène vers la violence ». Ibn Richd
Depuis les années 80 du siècle passé, il est devenu certain que tout média, intellectuel ou institution en quête de notoriété affiche ouvertement sa haine de l’Islam et son prophète Mohamed, Paix et Salut sur Lui (PSL), sous un prétexte trompeur nommé « liberté d’expression », une valeur cardinale pour la démocratie que Charlie a travestie en une expression de provocation délibérée.
La « liberté d’expression » a de multiples sens
Peut-on parler de liberté d’expression sans limite dans les pays qui défendent la liberté d’expression ? NON, car la liberté absolue n’existe pas. Christophe Bigot, l’avocat des médias, affirme que « la vérité absolue n’est pas du tout une tradition française » (1).
La législation française prévoit-elle des limites ?

En Occident, comme l’avaient fait Fabius et Gayssot en France, la loi censure l’histoire, en interdisant aux chercheurs et aux historiens et autres de rouvrir les dossiers précis pour une révision historique de certains faits de la seconde guerre mondiale dans le seul but de rétablir la vérité historique. Ces dossiers sont clos depuis le procès de Nurenberg. Sous couvert de la liberté d’expression, les États Occidentaux incitent à un abus d’expression pour discréditer une nation ou un groupe d’individus qui ne partagent pas leurs valeurs ou qui n’appartiennent pas à leur civilisation. Comme la liberté d’expression implique une lourde responsabilité, les législateurs français l’ont bien limitée. En effet, la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse sanctionne:
. La diffamation : « l’imputation d’un fait précis portant atteinte à l’honneur ou à la considération d’autrui ». Porter atteinte à l’honneur de plus d’un milliard de musulmans, n’est-ce pas une diffamation ?
. L’injure : « toute expression outrageante en forme de mépris ou d’invective ». Les pourfendeurs de la liberté d’expression qui se cachent derrière celle-ci et encouragent les intellectuels et autres pour faire intentionnellement injure à l’ensemble des musulmans ne pensent-ils pas qu’ils commettent un outrage et une offense sous forme de mépris ? Le Larousse définit l’injure comme « action, procédé qui offense ».
. L’incitation à la haine et à la violence : « l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de leur origine ou appartenance à une ethnie, nation, race ou à une religion ». La publication de ces caricatures n’est-elle pas une apologie de la haine et une incitation à la violence contre une grande partie de la population mondiale ? Mettant en avant les articles 10 et 11 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789 pour nous faire croire que la notion de blasphème a été supprimée du droit français, ils dissimulent que ces articles prévoient aussi que tout citoyen doive répondre de ses abus tels que définis par la loi. Deux remarques s’imposent :
1. Charlie Hebdo ne savait-il pas que ses caricatures sur Mohamed (PSL) ferait réagir les musulmans offensés ? Il est donc le principal commanditaire des troubles à l’ordre public. Il est donc punissable en vertu de la loi française.
2. N’y a-t-il pas un abus que l’on ne voudrait pas voir ? Les publications en question ne sont-elles pas assimilables au « fait de sortir d’une norme ou d’une règle » (2) ?

En France, la justice est ambivalente
La liberté d’expression est à géométrie variable chez Charlie Hebdo. En 2008, l’hebdomadaire licencie le dessinateur Siné sous prétexte d’antisémitisme, pour avoir ironisé sur « une éventuelle conversion au judaïsme de Jean Sarkozy » après ses fiançailles avec Jessica Darty (3). C. Bigot laisse entendre que le journal ne s’en est jamais pris au judaïsme. « Le journal satirique a été poursuivi davantage par des associations catholiques que musulmanes »(4).
Par le passé, la justice française est intervenue pour défendre une religion et aujourd’hui, elle se considère non concernée au motif de ne pas brider l’expression. Évoquant l’article 1 de la loi de 1905 sur la séparation de l’Église et de l’État, elle avait interdit en 1984 une affiche du film « Ave Maria«» sur laquelle on voit une jeune femme seins nus, pieds et mains liés sur une croix. Les juges ont estimé que « la représentation du symbole de la croix dans des conditions de publicité tapageuses et en des lieux de passage public forcé constitue un acte d’intrusion agressive et gratuite dans les tréfonds intimes des croyances » (5). Pourquoi la poitrine nue de l’actrice Isabelle Pasco trouble-t-elle la justice française, et pas la posture obscène dans laquelle le journal Charlie Hebdo représente le prophète Mohamed (PSL) ? La liberté d’expression en France est modulable en fonction de la cible. Elle est virulente pour une civilisation et apprivoisée pour une autre. Elle n’a pas seulement des limites, mais des lignes rouges.
N’en déplaise à Manuel Valls qui déclarait « jamais le blasphème ne sera dans notre droit » (6), le délit de blasphème existe bien dans le droit français, sinon, comment expliquer le dépôt d’une proposition de loi sur l’abrogation du délit de blasphème en Alsace-Moselle par le sénateur UMP François Grosdidier ? Il faut rappeler que le rattachement de l’Alsace et de la Moselle en 1918 a réintroduit la notion de blasphème dans le droit français via l’article 166 du code pénal allemand de 1871 qui punit le blasphème de trois ans de prison, et ce par le biais du concordat. Valls feint d’ignorer que Hollande et le parti socialiste avaient voulu intégrer le concordat dans la Constitution. Dans sa lettre du 13 février 2012, Hollande écrivait : « le maintien du concordat doit être abordé avec respect et compréhension de ce que fut ce territoire français » (7) et proposait la reformulation de l’article 1° de la constitution dans ce sens.
Il y aura toujours des fanatiques qui, par excès d’irresponsabilité, feront du zèle pour prétendre faire avancer la liberté d’expression, se donnant de fausses victoires en provoquant les musulmans. Ceci étant, il ne s’agit nullement de provoquer les assassins des journalistes de Charlie et des autres, leurs crimes doivent être rigoureusement sanctionnés. Il est manifeste que Charlie Hebdo ignore les positions de Mohamed (PSL) à l’égard des communautés juives et chrétiennes qui vivaient sous sa protection, pour le comparer ainsi aux terroristes que son État crée, en collaboration avec d’autres pays occidentaux, par des politiques d’exclusion et de marginalisation produisant les conditions les plus favorables au développement de la radicalisation.
La tolérance de Mohamed (PSL) envers les autres religions
Beaucoup croient à tort que Mohamed ne tolère pas l’existence des autres religions. Je traite dans ce chapitre les fondements établis par le prophète pour traiter avec les gens d’autres confessions. Nous pouvons résumer la relation du prophète Mohamed (PSL) avec les autres religions par un seul verset: « A vous votre religion, à moi la mienne » (Coran 109,6).
La Sahfia ou la constitution de Mohamed (PSL)
Contraint de quitter La Mecque, le prophète s’installa à Yathrib (Médine) où il fut accueilli par de nombreux convertis à l’Islam. Comme dans cette ville vivaient des tribus hétéroclites, il fut vite reconnu comme le seul chef de la ville. Le prophète de l’Islam, une fois établi à Médine, a tenu à définir la relation des musulmans avec les non musulmans, les chrétiens, les juifs, les zoroastriens, les polythéistes, de même que les gens affiliés à aucune religion. Afin d’assurer une gestion juste de la communauté, Mohamed (PSL) mit en place en 623 un pacte, la Sahfia de Médine, l’équivalent d’une constitution (8). Dans ce document signé par toutes les tribus, on trouve les valeurs universelles constitutives du système de gouvernance adopté par le prophète : l’unité, l’ordre, la solidarité, la fraternité, la justice, la tolérance et l’humilité.
Le premier acte de cette constitution stipulait que tous les habitants de Médine, musulmans, chrétiens, juifs et idolâtres qui avaient signé le pacte de paix « constituent une seule nation à l’exclusion de toutes les autres ». La notion de citoyenneté y était pleinement confirmée. Les non musulmans jouissaient de la même protection et de la même sécurité que les musulmans. Le prophète a dit : « quiconque tue une personne qui a signé une trêve avec les musulmans ne sentira pas l’odeur du paradis ». Comme les musulmans étaient en position d’avantage, il avait fait cette mise en garde contre les mauvais traitements dont les personnes d’autres confessions auraient pu avoir à souffrir.
Comme il y avait trois grandes tribus juives (les Beni Qaynuqa, les Banu Nadir et les Bani Qourayda), il était normal qu’un chapitre du pacte soit réservé à ces tribus. Il leur fut accordé des principes leur conférant un statut d’égalité et de partenariat avec les musulmans, ainsi qu’une totale liberté religieuse, culturelle, administrative et juridique. Voici quelques dispositions de cette constitution:
1. Les Juifs des Beni Awf constituent une communauté vivant avec les croyants. Aux juifs leur religion et aux croyants la leur. A chacune des deux communautés ses seigneurs et ses individus.
2. Aux juifs de s’occuper de leurs dépenses et aux musulmans des leurs. Juifs et musulmans doivent agir en commun accord contre quiconque s’attaque aux signataires du pacte.
3. Nul d’entre eux ne doit faire du mal à son allié et tout allié agressé doit être secouru.
4. L’intérieur de Yathrib est inviolable en vertu de ce pacte. Juifs et musulmans doivent se liguer pour repousser tout ennemi qui attaque Yathrib à l’improviste.
5. En cas de dissensions et de divergences susceptibles de mener à la perversion, les signataires de ce pacte d’en réfèrent à Dieu-Tout-Puissant et à Mohamed, messager de Dieu, la Paix soit sur Lui.
6. Les juifs, leur identité reconnue, disposent d’un gouvernement exécutif qui obéit au Chef d’État Mohamed et d’un pouvoir judiciaire propre.
Le prophète Mohamed et la tolérance religieuse
Dans toutes ses lettres envoyées à ses émissaires, le prophète Mohamed (PSL) mettait en évidence que les institutions religieuses ne doivent en aucun cas être attaquées. En 628, une délégation de religieux du plus vieux monastère au monde, Sainte-Catherine du Mont Sinaï en Egypte, se rendit auprès de Mohamed (PSL) pour lui demander sa protection. Le prophète lui octroya une charte, garantissant à cette délégation des droits :
« Ceci est un message de la part de Mohamed ibn Abdella, constituant une alliance avec ceux dont la religion est le christianisme ; que nous soyons proches ou éloignés, nous sommes avec eux. Moi-même, les auxiliaires de Médine et mes fidèles de Médine, nous nous portons à leur défense, car les citoyens sont mes citoyens. Et par Allah, je résisterai contre qui que ce soit qui les contrarie. Nulle contrainte sur eux à aucun moment. Leurs juges ne seront pas démis de leurs fonctions ni les moines expulsés de leurs monastères. Nul ne doit détruire un édifice religieux leur appartenant, ni l’endommager, ni ni voler qui que ce soit pour ensuite l’amener chez les musulmans. Quiconque en vole quoi que ce soit viole l’alliance d’Allah et désobéit à Son prophète. En vérité, les chrétiens sont mes alliés et sont assurés de mon soutien contre tout ce qui les indispose. Nul ne doit les forcer à voyager ou à se battre contre leur gré. Les musulmans doivent se battre pour eux si besoin est. Si une femme chrétienne est mariée à un musulman, ce mariage ne doit pas avoir lieu sans son consentement. Une fois mariée, nul ne doit l’empêcher d’aller prier à l’église. Leurs églises sont sous la protection des musulmans. Nul ne doit les empêcher de les rénover ou de les réparer, et le caractère sacré de leur alliance ne doit être violé en aucun cas » (9).
Cette déclaration des droits a été rédigée 14 siècles avant la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 et celles de la France et des Nations Unies de 1948.
Le prophète Mohamed et la tolérance politique
Le prophète Mohamed (PSL) s’est également distingué par sa tolérance en matière politique. Il désigna un non musulman, Amr Ibn Oumaya Ad-Damri comme ambassadeur et l’envoya chez le Négus, roi d’Éthiopie.
Le prophète Mohamed et les prisonniers
Quelques préceptes du prophète en temps de guerre:
1. Il est interdit aux musulmans de mutiler les morts et de recourir à la duperie.
2. On ne doit pas prendre à parti les prêtres, les fonctionnaires religieux et les chefs religieux.
3. Les vieillards et les invalides, les femmes et les enfants, ne doivent pas être tués. On doit toujours avoir présent à l’esprit la possibilité de la paix.
4. Lorsque les musulmans pénètrent en territoire ennemi, ils ne doivent pas semer la terreur parmi la population, ni lui infliger de mauvais traitements.
5. Une armée musulmane ne doit pas établir son camp en un lieu qui peut gêner le public. Quand elle se déplace, elle doit prendre soin de ne pas bloquer le chemin et de ne pas causer d’inconvénients aux autres voyageurs.
6. Lorsque les prisonniers sont placés sous surveillance, ceux qui sont proches parents doivent être mis ensemble. Ils doivent bénéficier d’un certain confort, les musulmans doivent prendre plus grand soin du confort des prisonniers que du leur.
7. Les émissaires ou délégués des autres pays doivent être respectés. Toute erreur ou manque de courtoisie de leur part doit être ignoré.
8. Quand un musulman prend en charge un prisonnier, il doit le nourrir et l’habiller de la même façon que lui.

Les détracteurs de l’islam font l’amalgame entre une religion et le comportement condamnable de personnes se disant musulmanes, mais nuisant ostensiblement à cette religion. Si je m’applique le raisonnement de certains médias qui à travers les terroristes, un des pires ennemis de la religion musulmane, considèrent les musulmans comme des assassins et des sanguinaires, je dirais que la France, sous l’occupation, était entièrement collaboratrice. Ce qui est faux, car il y avait de la résistance. L’islam n’est pas violent. le Coran le confirme : « quiconque tue une personne sans raison agit comme s’il tuait toute l’humanité ». Enfin, comme le souligne parfaitement Norman Finkelstein, professeur de sciences politiques de renommée internationale : « Charlie Hebdo n’est pas satirique, il est sadique ». Il suffit de rappeler que le prophète Mohamed (PSL) a été classé par l’historien, mathématicien et astronome Américain Michael Hart en tête des 100 « plus influentes personnalités de l’histoire » dans son livre publié en 1978, et que la cour suprême des États-Unis d’Amérique l’avait honoré en 1935. Les nains qui s’attaquent aux géants ne deviendront jamais des girafes !
A la lumière de ce qui précède, je m’adresse aux lecteurs animés par un esprit de discernement pour juger, et distinguer qui est véritablement haineux et violent.
Laid Seraghni
Alger, le 22 janvier 2015
(1) La tribune du 15 janvier 2015
(2) Dictionnaire Larousse
(3) Figaro.fr du 25 février 2009
(4) RTL, 14 janvier 2014
(5) L’Observateur du 20 janvier 2015
(6) Metro News du 13 janvier 2015
(7) Le Monde du 13 février 2012
(8) Akram Dhya Al Oulari, Madinan society at the time of the prophet, International Islamic Publishing House, 1995
(9) Ahmed Sakr, Muslim and no Muslim, face to face, Knowledge Lombard 10 – Arrêt sur image du 20 janvier 2015
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