Le 11 avril, le Huffington Post publiait un texte de Jean-Marie Fedida en commentaire de l’affaire Gilles Bernheim. Membre du Conseil de l’Ordre des Avocats du Barreau de Paris et chevalier de l’Ordre National du Mérite, cet avocat habitué des grandes affaires politico-financières (Clearstream, HLM de la ville de Paris…) est un défenseur assumé de la réduction des déficits publics à la sauce troïka, s’inquiétant que l’inscription de la Règle d’Or dans la Constitution ne garantissent pas l’application des mesures d’austérités qui en découlent1, et fustigeant le rejet de la nomination de dirigeants de Goldman Sachs à la tête du gouvernement italien2. Il publie régulièrement des papiers pour dénoncer, à tort ou à raison, le traitement judiciaire et/ou médiatique des délinquants haut-placés (DSK3, Cahuzac4) et pour soutenir la politique de la troïka5

L’article s’intitule « Pour Gilles Bernheim ». Dès le tout premier paragraphe, le plagiat dont est coupable l’ex-Grand Rabbin de France est rebaptisé « ressemblances ». Il s’agit en fait de simples « maladresses éditoriales » qui sont, en plus, « assumées par l’intéressé ». Pas de quoi en faire un drame, d’autant plus que le véritable scandale réside plutôt dans « l’inhumanité » des techniques de détection du plagiat. Ces premières lignes annoncent un exercice dont Fedida est passé maître, celui du retournement de l’accusation d’immoralité. Il dénonce un « moralisme de logiciel », « l’inhumanité de la méthode » qui permet de mettre en évidence les plagiats. Utiliser des moyens informatiques pour lutter contre le plagiat est, selon lui, une injustice autrement plus grande que celle commise par Gilles Bernheim. 

Fedida déplore que « la méthode sur laquelle repose la dénonciation d’infamie ne constitue pas une lecture du texte et encore moins une analyse de la pensée ». Je suis certain que de nombreux étudiants, devant la charge de travail qu’on peut leur demander, seraient heureux de pouvoir répondre la même chose aux enseignants, les avertissant – à raison – des lourdes sanctions prévues pour les plagiaires. Reste que le plagiat est une malhonnêteté intellectuelle et que sa détection est un exercice qui n’a rien à voir avec l’examen de la pensée d’un auteur (réel ou plagiaire). Et Fedida de conclure, « les dénonciations de l’informaticien ne sont donc pas opérantes ». Circulez, il n’y a rien à voir.

Là où Fedida est fort, c’est que le retournement de l’accusation d’immoralité consiste non seulement à fustiger le bien fondé de la détection du plagiat (en tout cas pour Gilles Bernheim), mais aussi à rebondir pour laver et redorer l’image de l’accusé. C’est là son talent d’avocat qu’on ne peut lui enlever. Ainsi, les dénonciateurs ont osé s’attaquer à un écrivain (j’allais écrire  »philosophe »…) dont les textes ne « s’inscrivent pas dans un circuit mercantile. » Les écrits de Bernheim sont des « dons faits pour penser », « l’expression d’une pensée offerte au débat ». Son dernier livre, à l’origine du scandale, constituerait « des écrits donnés pour réfléchir ». « Donnés » pour la somme de 17 euros tout de même.

Pauvre de nous, incapables de penser sans les « dons » de Gilles Bernheim, incapables de juger sa pensée à sa juste valeur de « présence précieuse particulière dans le débat public ». Fedida nous pardonnera t-il de ne pas partager le même regard que lui sur l’oeuvre de Bernheim et sur la production intellectuelle dans le débat public ? Conviendra-t-il que, compte tenu de l’extrême gravité de la situation des millions de jeunes et de travailleurs qui subissent les politiques d’austérités, il est des choses plus « indispensable[s] » dans le débat public que la pensée de Bernheim ?

A l’issu du papier de Fedida, celui qui à mentit à sa communauté et au pays entier est devenu la victime de l’injustice et de l’indignité de méchants technocrates de l’intertextualité. On laissera à chacun la possibilité de juger si Bernheim mérite une telle défense. Mais ce qui est certain, c’est que la communauté juive de France mérite mieux qu’une plaidoirie en faveur d’un menteur et d’un plagiaire.

 

 

 

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