Lea-Salame-300C’est à un véritable procès en sorcellerie auquel on a à nouveau assister samedi soir sur France 2, dans l’émission « On n’est pas couché » animé par Laurent Ruquier. Qui en fut la victime cette fois-ci ? Eric Zemmour, ancien chroniqueur de l’émission, invité pour son livre « Le suicide français ». Autant le préciser : je ne partage pas un certain nombre de positions d’Eric Zemmour, et je désapprouve certains des propos qu’il a pu tenir par le passé. Pour autant, rien ne saurait justifier l’acharnement auquel il a du faire face samedi dernier.

Dès que la parole lui est donnée, Léa Salamé lance la charge : « Vous tentez une réévaluation, voir une réhabilitation du régime de Vichy », usant d’expressions anxiogènes et accusatoires : « Insidieusement », « Extrême-droite », « Où voulez-vous en venir ? », avant d’enchaîner à la 2ème minute : « Je veux bien qu’on pense contre soi-même, et moi je m’y emploie en permanence, pour citer Alain Finkielkraut, de penser contre moi-même, et je vois que vous essayez de penser contre vous-même et de là où vous venez. M’enfin pardon, Eric. Pétain, c’était des lois antisémites, oui ou non ? ». S’ensuit une série de question où Léa Salamé somme Eric Zemmour de répondre par « oui ou non ». Durant cette séquence, on peut noter que la chroniqueuse a les yeux exorbités (à 02’17).

De la 4ème à la 5ème minute de la séquence, Zemmour démontre que, malgré tout le mal qu’on peut penser de Pétain et du régime de Vichy, la France (y compris de Vichy donc) a sauvé des juifs. Mais Léa Salamé, sans contredire le moindre fait historique énoncé, bloque sur sa propre doxa et récite son catéchisme (seuls la Zone Libre, les justes, la société civile, l’Église auraient sauvé des juifs).

Puis vient une séquence assez surréaliste :
Léa Salamé : « Pétain a sauvé des juifs ? ».
Eric Zemmour : « Les juifs français ont été sauvés à 95% ».
Ruquier : « Oh alors c’est pas grave, y a que les juifs étrangers qui sont partis alors… ».
Eric Zemmour : « Est-ce que j’ai dit que c’était pas grave ?? ».
Ruquier : « Mais oui mais c’est ça qu’on sous-entend derrière » (rarement l’emploi de l’impersonnel « on » aura été aussi lâche…).
Réponse d’Eric Zemmour : « Mais pas du tout !! ».
Ruquier : « Mais si ».
Eric Zemmour : « J’ai dit que c’était plus compliqué ».
Ruquier : « Bah oui. Trop ».
Eric Zemmour : « Bah tant pis pour vous, qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? Si vous voulez rester aux chose simples, restez aux choses simples ».

eric-zemmour-300À 6 minute 20, Laurent Ruquier continue le procès avec un argument bien curieux : « En admettant que vous n’ayez pas des idées aussi négatives que celles qu’on vous prête, est-ce que vous vous rendez-compte que ce que vous écrivez ou ceux que vous citez peuvent parfois être mal compris par des lecteurs, et que ça peut devenir dangereux ? »

Le coup de grâce est donné par Léa Salamé, à 7 minute 40 : « Parfois, j’ai le sentiment […] que vous aimez tellement la France, vous voulez tellement vous, le juifs, vous faire plus goy que goy, c’est-à-dire plus français que français, que vous en arrivez à remettre en cause Vichy, à réévaluer Pétain. Là, c’est dangereux ».

Au-delà du procès à charge qui peut sembler inouïe (mais pas tant que ça lorsque l’on considère la loi Gayssot et certaines passions démesurées qui s’expriment de plus en plus dès que l’on aborde l’Histoire de la seconde guerre mondiale), je tiens à faire deux remarques.

Premièrement, je n’aime pas du tout l’emploi du terme « goy », que j’estime péjoratif, voir blessant, offensant. Imagine-t-on un présentateur parler des « mécréants », des « infidèles », ou bien des « païens » ? Ces mots n’ont rien de Gentils, pour faire un jeu-de-mot étymologique… Étrangement, l’emploi de ce terme ne suscitera pas (ou quasiment pas) d’émoi dans le milieu intellectuel ou journalistique « main-stream », et ni la LICRA ni SOS Racisme n’intenteront de procès.

Deuxièment, encore plus grave, Léa Salamé oppose l’identité juive à l’identité française. C’est objectivement ce qu’il ressort d’une étude sémantique de son propos. Comme nous venons de le voir, un « goy » est un non-juif. Dans l’expression « vous voulez tellement vous, le juifs, vous faire plus goy que goy, c’est-à-dire plus français que français », Léa Salamé oppose clairement l’identité juive à laquelle serait censée appartenir Eric Zemmour, à sa supposée pensée de « goy » (non-juif), qu’elle explicite immédiatement par le terme de « français », ce qui ne souffre d’aucune équivoque.

Raphaël Berland

(19622)