Suite aux événements survenus le 7 janvier 2015 à Paris, Laura Mouzaia, une lectrice du Cercle des Volontaires, a souhaité nous faire part de son analyse personnelle. Etant donnée la charge électrique du climat pesant désormais sur notre pays, nous avons jugé légitime de lui donner la parole dans le cadre de la présente tribune.
Galil Agar
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Les derniers événements tragiques de Charlie Hebdo révèlent d’autres malaises mal jugés, mal compris depuis longtemps. Les musulmans de France sont les premières victimes d’un système qui a rejeté leur intégration. Les première générations de musulmans immigrées en France et les générations suivantes ont toujours été dépossédées de leur Histoire, de leur Avenir. L’Ecole, moteur de l’ascenceur social, est en panne depuis plusieurs années. Ces générations, qui ont tenté de dialoguer, de marcher (marche des Beurs en 1983) pour s’exprimer ont été vite oubliées.

Et depuis plusieurs années ces populations sont cantonnées dans des zones d’assignation collective avec un avenir bloqué. Les deux formations politiques majoritaires ont tenté de saupoudrer, pour mieux anesthésier les esprits, certains acteurs issus de cette communauté, en les nommant à de hautes fonctions de l’Etat. Or, ils ont été utilisés, brandis comme des alibis, sans aucune marge de manoeuvre, devenant des béni oui-oui. Malgré l’appareil juridique existant, les discriminations continuent; c’est dire les coups incisifs portés à la citoyenneté. Plus personne n’a foi en la parole politique, et les jeunes se cognent contre les murs de la désespérance. Les Français musulmans ont été dépossédés de tout, de leur vie sociale, il n’y a aucune place pour eux, aucune reconnaissance. La seule place reconnue avec bienveillance, c’est le sport et la musique, des activités ludiques pour distraire les foules.
Aujourd’hui, ces événements tragiques prouvent que cette communauté a été une fois de plus désossée, décharnée, dépossédée de sa religion. Les « analphabètes de l’obscurantisme » parlent pour eux, agissent pour eux. L’histoire a relaté une « nuit de cristal ». Après s’être attaqué à l’étoile, on s’attaque au croissant, quand les symboles sont touchés, salis, c’est l’humanité entière qui est en danger.
Les traitements réservés à ces derniers lors de ces événements n’évoquent pas l’humiliation des musulmans, alors qu’ils sont les premières victimes d’un système englué qui les expose à l’intégrisme politique, le poison du fascisme. Leur blessure s’explique par le fait que la nuance n’a pas été faite: Islam, Djihadisme, fanatisme, intégrisme, autant de « prismes » jetés dans la même gamelle, alors que la majorité d’entre eux s’inscrit dans la spiritualité, et les autres dans le crime organisé.

Plusieurs mosquées ont été attaquées, ont subi des dégradations. L’islamophobie est bien une réalité, et elle ne bénéficie pas de mobilisation médiatique, ni populaire pour l’enrayer. L’Islam religion de banlieue n’impose pas le même respect, le même intérêt. Elle suscite d’emblée l’altérité. La troisième religion de France est abordée souvent dans le débat public sans connaissance, sans retenue, sans maitrise des codes, servant à nourrir et entretenir un peu plus les esprits pour des fins électoralistes.
Les valeurs républicaines sont des fictions pour ces communautés en marge de la société. Ils sont désignés comme les parias, ou les pilleurs de la France, et quand les jeunes militaires issus de ces communautés tombent au Mali, en Afghanistan pour défendre les dessous des cartes françaises dans le jeu international, personne ne s’en soucie !
La distance justifie l’oubli.
Depuis longtemps, des indicateurs ont été signalés par le monde associatif, par des sociologues aguerris mais l’autisme s’est imposé comme seule réponse. Une société qui refuse d’intégrer les siens est vouée à l’explosion. Depuis plus d’une décennie, les minorités sont accusées de tous les maux. Elles sont prises en otage pour mieux expliquer les méfaits de la crise, or la crise certains la subissent depuis plus de 50 ans ! Et quand une djellaba donne un sandwich à un SDF, là, personne ne le remarque.
Il y a urgence, Messieurs les dirigeants, les jeunes n’ont plus aucune perspective d’avenir. Ils sont rongés par la peur, l’incertitude dictée par l’injustice sociale. Un plan social, un plan Marshall doit être mis en place, il y a urgence car vous Avez, nous Avons un devoir moral envers les générations actuelles.
Laura Mouzaia
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