« Juifs et Musulmans – Si loin, si proches » est définitivement une série documentaire qui ne surfe pas sur l’ambiance propice au choc des civilisations. Retraçant l’histoire des relations entre juifs et musulmans, le documentaire aborde sous un angle dépassionné les relations complexes entre les croyants de ces deux religions.

Les premiers épisodes s’intéressent à l’expansion de l’islam et du statut conféré aux juifs sous la domination des califes. Considéré comme des « dimi », les juifs sont protégés par la loi islamique.

Bien que considérés inférieurs, ceux-ci prennent une part intégrale dans l’effort civilisationnel musulman, en participant notamment aux travaux de recherche scientifiques à Bagdad. À Cordoue, sous le règne des califes Omeyyades, le contexte de convivencia* créé un certain « vivre ensemble » où les disciples des trois religions du livre se respectent, et partagent une identité commune. Le respect mutuel est tel que certains juifs accèdent au titre de Vizir. Et en dépit du massacre de 4 000 juifs dans une taïfa, la culture de convivencia ne sera remise en question que lors de la reconquête menée par l’église catholique, et ce contre l’avis des dirigeant chrétiens d’Espagne qui avait eux aussi adopté cette règle.

Les épisodes suivants traitent de la « séparation » ou fracture qui s’opère entre musulmans et juifs, suite à la révolution française de 1789 qui confère le statut de citoyens aux juifs. Grâce à l’abbé Grégoire, les juifs ne sont plus des dimi mais prennent une place dans la société occidentale sous le statut de citoyens. Certains sont alors épris d’un certain paternalisme vis-à-vis de leurs coreligionnaires du monde arabe.

Le statut de citoyens est alors conféré aux juifs d’Algérie et provoque une des premières déchirure.

Le sionisme voit le jour dans un contexte ou le racialisme social darwinien prend le contrôle des pensées en Europe, et vient influencer les conceptions d’identité nationale, sous l’angle de la génétique. Le fait d’être juif, devient un fait génétique et non religieux, et opposé à l’idée de nation. Théodore Herzel bien que non reconnu comme porte-parole de la communauté juive, arrive à s’imposer comme figure de référence et réussit à établir un agenda pour la constitution de l’Etat d’Israël.

Dans le même temps le nationalisme arabe naît et s’inspire des idées des lumières, mais aussi de l’antisémitisme racialiste, véhiculé par Le Protocole des Sages de Sion.

La Première guerre mondiale redistribue les cartes du Moyen Orient selon les tracés des accords Sykes Picots ; la Palestine est alors promise simultanément au sionistes et aux nationalistes arabe par la Grande-Bretagne.

Le documentaire termine sur l’évolution de la situation internationale, où le nationalisme arabe se voit de plus en plus orienté contre les juifs, dans leurs pays respectifs, ce qui poussent les juifs à s’exiler en Israël. Ceux-ci décrivent le mépris dont ils font l’objet à leur arrivée de la part de l’élite juive européenne qui les considère comme « impossible à éduquer et aussi intelligents que des arabes ». Nasser forge une partie de son soutien sur la cause anti-sioniste.

En Irak, les juifs qui ont décidé de rester sont ciblés par Sadam Hussein pour asseoir l’autorité des Baas sur l’ensemble des irakiens. En Algérie, un chanteur juif aimé des deux communauté est assassiné. En Tunisie et au Maroc, les juifs qui ont participé à la décolonisation sont progressivement marginalisés.

Bref, tout concourt à ce que la victoire d’Israël après la guerre des 6 jours soit perçu comme un soulagement par l’ensemble de la communauté juive dans le monde. Le sionisme gagne donc en légitimité dans la communauté juive, du fait des discours et des actions Pan-arabes. Ainsi, en identifiant l’orientation narrative du sionisme et du nationalisme arabe comme cause, Karim Miské tente de montrer que se définir par la haine de l’autre n’est jamais une solution. Et que la souffrance n’est pas une raison d’être. L’amitié Musulmo-judaique (ou Judéo-musulmane) est un fait historique, il est essentielle au progrès de la civilisation. Il est donc de la responsabilité des nouvelles génération de perpétuer cette tradition.

En définitive, ce qui est à retenir de cette mini série documentaire, c’est l’état d’esprit de l’analyse qui se veut dépassionnée et qui présente le point de vue de chacun sans insulter personne et sans faux procès d’intention. Elle permet aux personnes d’avoir les clefs pour décrypter la problématique sans tomber dans une paranoïa ou un relativisme exacerbé. Certes, si l’on est doctrinaire, on ne trouvera que ce que l’on cherchera ; or parfois, ce qu’on cherche, ce n’est pas ni la vérité ni la justice.

Mais pour ce qui est de la démarche adoptée par Karim Miské (le réalisateur du film), il est clair que ce qui en ressort, c’est une volonté d’éclairer et d’instruire dans le but de faire progresser le débat.

En effet, nul doute que les musulmans de France, dans le contexte actuel, sont très proches de ressentir ce que les juifs d’Europe ont longtemps éprouvé. De même, le statut de citoyens égaux, appliqué aux Etats du monde arabe, Israël comprit, devrait donner accès pour n’importe quelle personne des responsabilités sans distinction de religion. Ainsi, la continuité du progrès devrait donner lieu à ce que des musulmans aient la possibilité d’accéder au même poste occupé par aujourd’hui par Benjamin Netanyaou, ou inversement, il ne devrait pas être exclut que l’Iran soit dirigé un jour par un Président juif.

Mais la laïcité reste un concept encore jeune, y compris en France, où ceux qui la bafoue le plus sont bien souvent ceux qui s’y réfèrent le plus.

Plethon

* convivencia : esprit du vivre-ensemble dans l’Espagne musulmane

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