L’affaire Dieudonné a fait réagir beaucoup d’entre vous. Nous avons reçus quelques propositions d’articles, de tribunes sur ce sujet. Voici un texte écrit par Thibaut E.
La désormais « affaire Dieudonné » semble s’essouffler après 3 semaines (ouf !) avec la conférence de presse donnée par Dieudonné dans son Théâtre parisien, au cours de laquelle il déclare arrêter son spectacle « le Mur » pour en entamer un nouveau, qu’il espère pouvoir jouer pour continuer à exercer son métier. Il révèle également qu’il continuera à « faire chier ceux qu’il dérange ». Que nous a enseigné cette affaire, par-delà bien et mal, sur Dieudonné, les médias et plus généralement sur l’adéquation entre l’opinion médiatique et l’opinion publique ?
Un traitement médiatique à sens unique
Nous pouvons commencer par un état de faits : la plupart des personnes convoquées et invitées sur les plateaux des médias dits « mainstream » pour nous donner leurs points de vue sur Dieudonné étaient, en très grande partie, des opposants à Dieudonné souhaitant l’interdiction du spectacle « le mur » et de l’artiste en général, voire la clôture de son compte YouTube pour l’empêcher de publier des vidéos sur Internet (voire la conclusion de l’émission Salut les Terriens du 11 janvier 2014, où Rost est seul défenseur de la liberté de parole face à 5 contradicteurs acquiesçant à l’interdiction de Dieudonné sur Internet, dernier espace de liberté « réelle »). Bref, il n’aura échappé à personne que l’ensemble des personnes conviées sur les plateaux contrastaient immensément avec « l’opinion publique ». Non pas que l’opinion publique adhère aux propos de Dieudonné, mais que cette opinion est bien plus lucide et tolérante à l’endroit de la liberté d’expression que celle des journalistes et chroniqueurs moralisateurs qui veulent faire taire les « cerveaux malades ». J’ai avec moi l’ensemble des sondages depuis le début de l’affaire, les commentaires sous les articles et les vidéos, les avis sur les réseaux sociaux… Il en ressort que plus de 75% des personnes sondées sont totalement opposées à l’interdiction de Dieudonné : preuve en est que les français connaissent l’importance de cette liberté fondamentale, sur laquelle personne, ni même la classe médiatique, ne peut déroger. « Si nous ne croyons pas à la liberté d’expression de ceux que nous méprisons, alors nous n’y croyons pas du tout » pour reprendre les mots sages de Noam Chomsky. Cette tolérance est réelle dans la population française, elle ne l’est pas dans les médias.
Un autre fait, qui contraste avec le « tableau de chasse » des gens ayant donné leur avis pour gonfler l’affaire, est l’absence de Dieudonné. Pas une fois, en 3 semaines d’affaires (on pourrait dire en 10 ans en fait), un média n’a jugé nécessaire que l’accusé réponde, chose qu’il est plutôt commode de faire, notamment dans les palais de justice, où toute personne a droit de parler, de se défendre, et de se faire défendre par autrui. Pour point de comparaison, on peut citer l’affaire DSK, ou notre bon vieux futur-ex président, après avoir violé une femme de chambre, s’est vu invité au 20h00 de TF1, avec champagne et petits fours pour « laver son honneur ». Il existe des milliers d’exemples où les médias ouvrent grandes leurs portes à des personnes condamnées. Ici ce n’est pas le cas, mais passons. Au-delà de l’absence de Dieudonné, il y avait également absence de réels défenseurs de la parole libre. Seuls quelques courageux l’ont défendu, et pas des moindres : Plantu, Alexandre Astier, artiste talentueux et intelligent, Rost, et quelques autres. Absence également d’Alain Soral, acolyte principal de Dieudonné, lui aussi banni des médias depuis de longues années, qui bénéficie pourtant d’une audience gigantesque sur internet puisqu’Egalité & Réconciliation est le premier blog politique de France, 286ème site visité, et qu’il est le plus grand vendeur de livres politique en France actuellement. Son absence médiatique est d’autant plus étrange que la BBC l’a convié à s’exprimer sur l’affaire, en direct et sans aucune censure, chose qu’il n’a pas pu faire depuis près de 10 ans dans son propre pays. En France, son invitation n’a pas été jugé nécessaire. Elle a plutôt été interdite, tout comme celle de Dieudonné.
Le premier constat à établir est donc que :
– Le traitement médiatique n’a pas été représentatif de l’opinion réelle (sondages, commentaires sous les vidéos et articles, audience des vidéos de Dieudonné, etc.)
– La parole des principaux concernés (Dieudonné, Soral) a été volontairement étouffée
– La presse dite « mainstream » n’est donc plus en phase avec les opinions du plus grand nombre, et on peut donc légitimement se demander pourquoi.
Cette même presse n’a eu de répit de dénoncer la « publicité » dont jouit Dieudonné grâce à l’amplification médiatique. La question peut alors leur être posée telle quelle à tous les participants à ce débat : pourquoi accepter l’invitation d’un média pour parler de cette affaire tout en sachant que cela fera sa publicité, alors même que vous dénoncez cette publicité ? Une autre option aurait été de faire un tennis, ou de regarder un spectacle d’Anne Roumanoff tranquillement chez soi (je tiens à préciser que j’ai de la sympathie pour cette femme, malgré son manque cruel de sens de l’humour). Mais la volonté de faire mousser sa petite personne sur un plateau de télévision est souvent plus forte que l’absence d’action et c’est pourquoi cette publicité a trouvé son public ! En 10 jours, quelques 140 000 personnes ont « liké » la page Facebook de Dieudonné, sa dernière vidéo a dépassé la barre des 3 millions de vues. Les médias ont créé et nourri la polémique : ils se révèlent être les arroseurs arrosés, les pompiers pyromanes, ou que sais-je encore, il existe bien des qualificatifs pour qualifier ce procédé de prophétie auto-réalisatrice qui est le vortex du pouvoir médiatique.
Si une presse sérieuse existait, elle se serait occupé de faire de la chronologie. On verrait que Patrick Cohen est le premier à avoir allumé la poudrière en traitant Dieudonné de « cerveau malade », non pas dans un spectacle mais dans une émission sérieuse sur une chaine du service public, devant un Taddeï bouche bée. La phrase de Dieudonné s’inscrit donc dans un certain contexte où Dieudonné « réagit » aux propos diffamants de Patrick Cohen, qui n’a d’ailleurs jamais été inquiété pour avoir dressé une « liste noire » de personnes à ne pas convier dans les médias. Depuis, toute la rhétorique de la presse a été de passer en boucle cette phrase de Dieudonné, de l’extraire et de l’isoler pour mieux le dénoncer, jusqu’à l’interdire. Ce procédé est à la fois le plus simple à mettre en œuvre et aussi le plus convaincant pour ceux qui n’auraient aucune opinion de Dieudonné, car il montre bien que Dieudonné parle des chambres à gaz, et donc qu’il est focalisé sur « les juifs ». Mais que font les médias et les associations antiracistes lorsqu’il traite les irakiens de « mauvaise race » dans son spectacle « 1905 » ou qu’il prétend que les noirs n’ont pas de cerveau assez évolué pour concevoir un Dieu ? Que font les associations prétendument antiracistes et les pouvoirs politiques à cet endroit précis du spectacle ? Si on isole des phrases de la sorte, tous les humoristes français du XXème siècle seraient actuellement censurés. Desproges sur les juifs, Carlos sur les arabes, Proust sur les handicapés et les vieux, la liste est interminable… Rire serait tout bonnement interdit.
L’exception juridique du Conseil d’Etat et la loi Fabius-Gayssot
On s’étonnera également qu’un Conseil d’Etat statue en 2 heures quand il lui en faut des milliers voire des centaines de milliers pour statuer sur d’autres affaires. En réalité, et tout le monde le sait, même ceux qui le nient, cette décision est une décision politique et non pas une décision de justice. Pourquoi, sinon, la Ligue des Droits de l’Homme aurait condamné cette décision ? Il n’y a en réalité pas besoin d’être un grand avocat pour comprendre : l’incitation à la haine raciale ne peut être définie qu’à posteriori. Cette première raison n’était donc pas invoquable puisque le spectacle n’avait pas eu lieu. Autre motif invoqué : le trouble à l’ordre public qu’Arno Klarsfeld a tenté d’organiser. Il est un motif d’annulation si des cas similaires ont été constatés lors de représentations précédentes. Ce qui n’est pas le cas.
Nombre d’avocats et d’experts juristes sont venus soutenir l’interdiction bien qu’illégale, quand d’autres (Jack Lang notamment) ont dénoncé une justice d’exception qui bafoue nos libertés fondamentales. Mais en France, la liberté de parole n’est pas absolue, elle est notamment bornée par la loi Fabius-Gayssot. La loi Fabius-Gayssot est la désignation courante de la loi française no 90-615 du 13 juillet 1990, « tendant à réprimer tout acte raciste, antisémite ou xénophobe ». Cette loi, contestée par un grand nombre d’intellectuels, philosophes, hommes de médias, politiques de tout bord, est donc le point d’appui pour faire condamner quelqu’un pour ses propos. Elle inscrit comme délit les propos racistes, antisémites et xénophobes. Arrivée là, plusieurs questions méritent d’être posées :
1) – Doit-on considérer que la scène et les spectacles humoristiques doivent être soumis à cette loi, et donc condamner l’artiste pour chaque propos « borderline » sur une religion et une couleur de peau ? Et si cette question est posée, une autre peut-être posée : pourquoi ne pas étendre la loi à la couleur des yeux, des cheveux, à la taille et au poids des personnes ? Après tout, si je rigole sur les handicapés, pourquoi n’y aurait-il pas une loi qui empêche cette « atteinte à la dignité humaine » (motif invoqué par le Conseil d’Etat pour interdire Dieudonné) ? On s’aperçoit très vite de la perversité de la loi, qui peut ne pas avoir de limites. Aux Etats-Unis par exemple, aucune loi n’encadre la parole, la liberté d’expression est totale.
2) – Que font les associations antiracistes depuis les premiers spectacles de Dieudonné ? Le nombre de phrases choquantes sur les chinois, les noirs, les musulmans, les chrétiens, existent en nombre incalculables. Que font la LICRA et le gouvernement pour condamner et défendre ces personnes ?
Seule une décision politique venue du haut, bafouant les lois de la République, n’a pu sauver les artisans de la censure. Le politique a débordé sur le juridique et laisse présager d’autres censures, de quelques natures que ce soit. Nous voici dans le pays de Descartes, ou la loi ne fait plus loi.
Dieudonné, raciste antisémite et négationniste ?
Le public de Dieudonné est métissé en tout point : origines sociales, couleurs de peau, religions. Il représente bien plus la France black-blanc-beur que celle qu’aurait voulue Harlem Désir, Jack Lang ou Julien Drey. Comment, dès lors, peut-on taxer Dieudonné de raciste ? Lorsqu’on lui demande, Dieudonné répond : « Le racisme est aujourd’hui un argument politique. Moi, j’ai une mère bretonne, un père camerounais, une femme blanche et des enfants de toutes les couleurs. Le concept de races m’est quand même particulièrement étranger. Mais d’accord : je peux être considéré comme ‘raciste’ par certaines personnes. Alors, envers qui serais-je ‘raciste’ ? En fait, selon ces gens, je serais plutôt antisémite, j’aurais une haine particulière envers des gens qui seraient adeptes du Judaïsme, je serais donc très critique à l’endroit d’une religion ? C’est vrai que je suis très critique sur la notion de ‘peuple élu’ mais je n’en veux pas aux adeptes de cette religion. Je dis simplement que je suis très critique sur cette façon de voir : c’est une très mauvaise façon d’avancer ensemble ! Et le communautarisme exacerbé me paraît dangereux. Je pense que c’est important de combattre le communautarisme ! Et si l’on vous considère comme ‘raciste’ parce que vous vous attaquez au communautarisme, eh bien, tant pis ! Ce qui ne signifie pas que je développe des raisonnements fondés sur une crainte des personnes qui ont les yeux plissés, le nez pointu ou les cheveux roux. Non, profondément ! Je ne raisonne pas comme ça. » (FemmesDeChambre.be).
Antisémite, la question est déjà plus complexe. Encore faudrait-il définir le terme. Etre antisémites, c’est haïr les sémites. « Les Sémites sont l’ensemble des peuples utilisant ou ayant utilisé les langues sémitiques. En ethnologie, ce sont les peuples (actuels ou anciens) parlant une langue du groupe sémite, c’est à dire au Moyen-Orient, dans la Corne de l’Afrique (seulement l’Érythrée et l’Éthiopie), la péninsule Arabique, le Croissant fertile et en Afrique du Nord. » (Wikipédia). Il y a donc des africains et des arabes qui sont sémites. Ce n’est pas l’objet du propos, en réalité, puisque l’on reproche à Dieudonné de « s’en prendre aux juifs ». Dieudonné s’en prend effectivement à une catégorie de juifs : les sionistes, défendant les intérêts de l’Etat d’Israël en France, au sein du gouvernement et des institutions. Il s’en prend à ces personnes, qui ont objectivement réussi à l’ostraciser et à le bannir des médias depuis ce fameux sketch-pas-drôle chez Fogiel. Depuis, les spectacles de Dieudonné sont des réactions à sa constante diabolisation. Il ne faut pas voir chez Dieudonné une haine anti-juive mais bien une réaction au destin qu’on lui a imposé, un cri face à la censure. Dieudonné a simplement compris par la praxis et l’expérience que « rire des juifs, c’est compliqué ». Zemmour, lui-même juif, en convient, jusqu’à dénoncer l’utilisation et la sacralisation de la Shoah par ces associations antiracistes, qui est devenue selon lui une « religion d’état ».
« Beaucoup de bruit pour rien », dirait Shakespeare. Les grands oubliés du débat ont été la République, le droit, la liberté d’expression et l’opinion publique. Cette affaire a révélé l’écart grandissant entre les lignes éditoriales des grands médias et l’opinion publique. De nos jours, Dieudonné fait plus d’audience en se filmant avec son portable que Canal+ avec un public de groupies et des chroniqueurs grassement payés. Une réalité qu’il devient difficile de masquer par les procédés médiatiques habituels.
Thibaut E.
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